CR N°3: 100 km de Millau par Jérôme Patard

Rien ne sera plus comme avant.

On dit toujours qu’il y a toujours un avant et un après. Et bien, sur les 100k de Millau, il y a aussi un “pendant”!

Pour “l’avant”, le jour, c’est un peu comme un voyage organisé. On parle beaucoup puisqu’on n’a rien à dire. La nuit, c’est plutôt seul avec son réveil! J’ai bien dormi: 0:44?!? J’en étais où du polar?

Super nuit: 1h47? Oups! Il dort l’autre à côté?

Ah! Enfin: 3h32! Ca commence à être agaçant!

5h55? Allez, je continue le polar dans les toilettes pour ne pas réveiller mon “room-mate”, de toute façon c’est foutu pour cette nuit!

Ensuite, tout va assez vite, 10h, c’est parti.

Nous nous étions dit que la première boucle était juste une liaison vers le départ de la deuxième boucle, la vraie. Logique implacable.

Nous voilà donc à 8.5km/h dans les gorges du Tarn. Paysage merveilleux où se succèdent villages à flanc de colline, bastides perchées sur un rocher et courts d’eau. A part Ibrahim (lui, quand il court, il court!) tout le monde a bien apprécié le décor.

Côté course, c’est effectivement assez plat, enfin, sur les portions qui ne montent pas ou qui ne descendent pas, c’est-à-dire entre les km 4 et 6!

On court, on marche, on parle, on mange, et inversement.

Je traine la jambe déjà depuis une dizaine de kilomètres. Sans jamais les avoir perdu de vue, je suis derrière mes camarades de jeux (tu parles d’un jeu!). Les 42.195 km pointent leur nez, on approche des 5h, est-ce qu’on continue? La question n’arrête pas de retentir dans ma tête. On est venu pour ça non? Ok, donc la réponse est oui, mais alors comment?

Laurent s’arrête pour embrasser sa dulcinée! Merci Erika! Je le rejoins et nous finissons ensemble.

C’était quoi la question déjà? Silvère court maintenant à mes cotés, le trio Tuan/Ibrahim/Laurent a mis les voiles sans un mot, les rustres! Tiens Erika “again”, km 43! On est reparti.

Le fonctionnement du cerveau humain est étrange. Aujourd’hui, mon souvenir des 10 heures suivantes est un mélange de peur, de douleur, de joie et de fierté un peu.

J’imagine que la joie et la fierté sont le résultat de quelques jours de repos et quelques photos car je ne pense pas avoir ressenti de bonheur véritable durant la course. Je sais bien que cela peux paraitre idiot de courir pour se faire mal, mais c’est quand même un peu la vérité. Par contre, la peur a été un sentiment nouveau pour moi. La peur de la distance, la peur de ne pas être à la hauteur et de décevoir (moi).

C’est là toute la différence de courir seul ou en groupe. J’ai eu de la chance. Merci Silvère.

Aussi, avec tout cela tu fais ta propre course.

On m’avait dit, “…visualise l’arrivée”! Au km 43, tu évites! Parole de scout!

Alors, j’ai divisé la course en tronçons dans ma tête, tronçons qui s’amenuisaient au fur et à mesure des km, et on s’est fait un festival de blagues à deux sous avec Silvère! De toute façon, personne ne nous écoutait.

On s’amusait aussi d’un rien comme Tuan qui essaye de suivre Laurent en marchant: “T’as vu y’a Tuan qui s’est remis à courir.. ah! non il s’arrête .. ben non il court de nouveau!” pas facile d’avoir des p’tites jambes des fois!

Y’a aussi ce type qui monte quand nous on descend! Combien il a fait déjà? 7h12!

Y’a ces coureurs de www.courir-avec.fr qui ont amené des personnes handicapées dans une goëlette sur les 100km. En plus d’être courageux et, ma foi, très bons, ils étaient super sympas.

Y’a ce type qui nous rattrape dans la nuit au moment où son portable sonne: “allô.. ouais ça va… tu lui souhaiteras bonne chance pour le marathon demain… j’pourrais pas venir!”

Y’a aussi tous ces vélos … toutes ces loupiottes dans la nuit … cela ne vous rappelle rien?

Je ne vous ferais pas le détail du reste de la course. Ce sont des moments à vivre et mes talents d’écrivains sont trop limités pour vous les décrire.

L’épreuve est à la hauteur de toutes vos espérances!

Pour “l’après”, c’est un peu comme un voyage organisé. On parle beaucoup … de la prochaine édition bien sûr!

Dossard 38.

Regards,

Jérôme Patard – Engineering Escalation

One Response to CR N°3: 100 km de Millau par Jérôme Patard

  1. dwojciec says:

    Bravo et chapeau bas.
    “Les hommes se plaisent à penser qu’ils peuvent se débrouiller seuls, mais l’homme, le vrai, sait que rien ne vaut le soutien et les encouragements d’une bonne équipe. ” (Tim Allen).
    Bravo a vous tous et merci Jerome pour ce récit. A qui le tour….

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