Rentrer dans le cercle fermé des centbornards de Millau !
A mon tour de partager avec vous tous mon récit de cette course légendaire des 100 kms de Millau.
Pour être tout à fait honnête avec vous, j’ai entendu parler de cette course pour la 1ère fois par mon beau-frère il y a quelques années. Comment ça vous ne le connaissez pas ! Mais si, c’est le bagnard que vous croisez sur toutes les courses sympa sur route ou de type Trail ! Alors, maintenant, ça vous dit !
Eh bien, le souvenir de mes discussions était un peu effrayant au moment de m’inscrire sur Millau 2010, car il n’a pas réussi les 100 bornes à sa 1ère tentative mais tout de même à la seconde (il avait les pieds détruits, certainement à cause d’un équipement un peu juste). Mais comme je l’ai partagé avec mes 4 compagnons de fortune, ça prend moins d’une minute pour s’inscrire sur internet assis derrière un bureau, mais légèrement plus pour réaliser l’exploit (et parfois maudire cette décision).
Bref, pour ma part, prudence oblige, ma décision n’a été prise qu’après avoir participé à l’Eco-Trail de Paris (80 kms et 1 500 m de dénivelé), histoire de voir comment je pouvais me comporter sur une distance supérieure au Marathon. Donc, inscription fin Mars/début Avril, et décision de participer aux 12 heures de Bures en guise de préparation et histoire de se rapprocher encore un peu plus de la vraie distance de Millau (sans les montagnes !).
Eh bien, quelle belle leçon sur ces 12 heures de bures : il faut absolument des chaussures 2 tailles au dessus de la pointure normale sur des longues distances, au risque de chopper des ampoules très handicapantes qui transforment votre sortie du week-end en vrai calvaire (il me semble que Ibrahim peut témoigner au sujet des ampoules !)
Et me voilà parti pour une préparation physique pendant l’été, avec pour les côtes, un terrain de choix du côté de la corse et Ajaccio (c’est dingue, t’a même pas les 20 minutes réglementaires pour te chauffer que tu grimpes déjà !!!). Terrain idéal pour la grimpette avec les degrés celcius qui vont bien, juste au cas où il ferait chaud, voire très chaud, à Millau le 25 Septembre 2010.
La préparation physique terminée et la date de l’évènement approchant, nous voilà sur le chemin pour nous rendre à Millau. Et là, quelques petites erreurs de débutants qui montrent bien que ça gamberge dur dans la tête.
Je pars de chez moi en voiture jusqu’à Neuilly et là, j’oublie ma bouteille de Malto (mon 3ème jour de préparation “diététique”). C’est pas trop grave, mais j’espère surtout que ça ne me manquera pas autour du 90ème kilo.
Ensuite, Erika (ma femme) et moi prenons le métro (avec 20 minutes de marge) et là, sans savoir pourquoi, ce P____ de Métro met 3 plombes pour partir de la dernière station avant la gare de Lyon (et là, tu as déjà les yeux rivés sur le chrono !). On arrive tout de même a chopper le TGV qui ferme ses portes juste après notre montée (sauf qu’on n’est pas dans le bon wagon et qu’on ne pourra rejoindre nos places assises que 2h20 plus tard ! Pas terrible pour les jambes)
Une fois sur Montpellier, tout est normalement ok sauf au moment de récupérer la voiture de location : tous les papiers imprimés pour préparer ce sympathique week-end sont restés dans le TGV (qui est reparti bien sûr). 3 boulettes, le compte est bon. Heureusement, elles ne sont pas trop grave, et nous pouvons rejoindre nos 4 acolytes (ne pas confondre avec alcooliques !) à l’hotel pour récupérer le dossard et ensuite aller repérer le parcours, sur sa partie la plus sympathique c’est à dire le col de Tiergues et Saint-Afrique. Et là :
* tu te demandes juste où tu as mis les pieds en t’inscrivant à cette course !
* tu revois ton plan de marche initial (la feuille excel avec des pseudo temps de passage) et tu
reforecast (pardon, c’est mon métier qui veut ça) avec un unique objectif : TERMINER !
Petite Pasta Party le soir en groupe (on peut observer les sourires mais également les crispations des uns et des autres) puis, au lit pour une nuit normalement sans encombre. Mais vous l’avez compris avec le récit de Jérôme, même quand on souhaite fortement dormir, ça ne marche pas toujours comme on voudrait.
Le réveil est plutôt bon, le gateau sport passe pas trop mal (en plusieurs prises tout de même) et le CamelBag est prêt depuis la veille, car la décision était prise la veille au soir de partir avec du ravito dans le dos. Nous voilà enfin sur la ligne de départ, précédés d’une fanfare et de quelques officiels. 10h00 tapante et c’est parti !
La 1ère partie est superbe : le paysage est magnifique, le physique est au top, l’ambiance est superbe également, les retrouvailles avec les vélos accompagnateurs (pour ceux qui en ont – snif !) nous rappelle un peu le Run & Bike (ou Bike & Run pour ne contrarier personne), sauf que là, on ne change pas, le rythme c’est bien celui du coureur à pied, pas celui du vélo ! Les 1ers ravito se passent à merveille (y-a tout ce qu’il faut). Nous sommes tous les 5 très prudent et respectons notre plan de marche de 8,5 à 9 km/h max (qui veut aller loin ménage sa monture). Je me fais à plusieurs reprise interpellé par des coureurs Kikourou qui me reconnaissent à mon bufl Kikourou (rouge). Ils sont vraiment sympa ces coureurs. Je discute également avec un coureur de “Courir avec”, qui est une variante de “Dunes d’espoir” dont mon beau-frère, le bagnard, est membre (pour rappel, il s’agit de faire vivre des courses pédestres à des handicapés psycho-moteur via le transport de ces personnes dans une Joëllete). Belle leçon de vie et d’humilité ! 100 bornes en équipe pour faire vivre un instant magique à des gamins ! Une façon différente de s’engager pour une cause, comme nous Oracle avec le Don d’organes.
Nous terminons tranquillement le Marathon en 5h05, et repartons pour encore 58 bornes. Et bien, quand tu reparts, ça fait juste drôle de ne pas avaoir encore effectué la moitié et pourtant tu as déjà fait un marathon ! Les choses sérieuses commencent avec la côte vers le viaduc de Millau. Là, si tu n’es pas encore chaud après un marathon et cette côte, il faut faire un autre sport !!!
Et dans la descente qui suit (oui, après une côte, en général il y a une descente ! je dis ça pour ceux qui ne suivraient pas !), quand tu passes le 51ème km, déjà tu as fait un peu plus de la moitié, mais surtout tu croises le future vianqueur qui est sur son ryhtme à 14 km/h (mais sur 100 bornes !). Evidemment, tu l’encourages comme tous les autres que tu vas croiser jusqu’à Saint-Afrique et qui sont donc devant toi. Tous te revoient un petit “Merci et bon courage à toi !”.
Et du courage, il en faut, car il y a bien 2 chemins pour se rendre à Saint-Afrique :
* La route dîte normale (plutôt assez plate). C’est juste pas notre route !
* La route qui passe par le col de Tiergues et la c’est de la pure grimpette (franchement, les
organisateurs auraient pu inverser la route dédiée aux voitures avec celle des coureurs. Mais
non, on vous explique que ça fait partie de la légende. Bon alors, si c’est pour la légende …)
Nous grimpons avec Tuan, Ibrahim étant quelques mètres devant, alors que Jérôme et Silvère sont quelques longueurs derrière, aux côtés du groupe d’allure en 14h et on est plutôt bien. En tout cas, moi je suis très bien même si un genou à décidé de me rappeler à son bon souvenir, alors que Tuan a quelques coups de blues. Lorsque nous basculons vers Saint-Afrique (après 3 ou 4 kms de grimpette), nous sentons une petite fraicheur se préciser, mais dans la descente, on commence à envoyer un peu. Et nous voilà au ravito de Saint-Afrique pour une pause de 20 minutes durant laquelle le groupe de 5 se reforme ! Ca veut dont dire qu’au 71ème kms, tout le monde est encore dans la course avec un niveau de fraicheur variable, mais tout le monde est motivé pour terminer sans se poser de question.
Nous voilà reparti pour grimper ce que nous venions de descendre (donc le col de Tiergues dans l’autre sens, le plus long). Cette montée, je la trouve interminable, sachant que j’ai oublié de vous dire qu’il fait nuit, froid et donc que l’on ne voit rien à l’horizon. Les frontales sont donc de sortie et un goût type “Course du Coeur” se fait ressentir dans notre groupe de 3 (Jérôme et Silvère toujours un peu en retrait). J’en profite pour faire une petite vidéo que je joins à ce récit.
Jusqu’au 80 kms, la forme et le mental restent stable, mais au delà, je commence à ressentir, en plus de mon genou gauche, une douleur sur le dessus de ma cheville droite, avec par moment de vraies décharges dans le jambe !!! Mais d’ou ça vient cette M____. Pourquoi que d’un côté (comme si je souhaitais avoir mal des deux côtés !). Bref, on adapte le rythme en mixant un peu plus le marché / courir. Ibrahim, quant à lui, commence à avoir les pieds chauds, voire très chaud, au point de sentir de belles ampoules se développer. Mais Tuan, lui, semble en pleine forme, c’est lui qui me donne le tempo et m’encourage durant ce passage un peu difficile, disons le. Je m’autorise à dire tout haut : “mais qu’est ce qu’on fout là dehors à cette heure, 22h ou 23h, en train de courir alors qu’on pourrait être dans un fauteuil devant un bon film ou bon bouquin”. Mais une chose reste acquise : Nous allons tous les 3 terminer cette magnifique course et là est l’essentiel. Donc, tu sers les dents, tu parles moins, tu blagues un peu moins, et pour ma part, j’attends le kilomètre 90 qui dans mon esprit va être un tournant.
Une fois atteint ce kilomètre 90, le moral augmente, les jambes, d’un point de vue musculaires, sont biens (aucune alerte de crampe, certainement gràce à une hydratation toutes les 10 ou 15 min) et franchement, tu te dis à ce moment : “combien de 10 kilo tu as fait dans ta vie ? Alors c’est pas ce 10 kilo qu’il te reste aujourd’hui qui va te faire peur”. Et là, tu as un mental d’acier, tu visionnes la ligne d’arrivée (que tu as repérée la veille et lors de l’arrivée du marathon), et à ce moment là, plus rien ne peut t’arrêter sauf une défaillance physique majeure.
La douleur à ma cheville ne me lache pas. Limite, les arrêts aux ravitos me refroidissent et m’handicapent un peu plus pour la reprise. Toujours du mixte marche / course à pied, même si sur les 5 derniers kilos, après la dernière côte, la dose de course augmente progressivement pour être définitive jusqu’à l’arrivée à partir du kilomètre 98,5.
ET là, après 14h30’35″ (ils sont pas encore équipés pour les centièmes ! désolé), tu passes la ligne d’arrivée devant les applaudissements du public et une remise immédiate du diplome des 100 kms de Millau (diplome à ton nom), plus un superbe bouquin à lire sur cette légende. Le BONHEUR ! On l’a fait ensemble (3 dans un 1er temps, mais 5 quelques 39 minutes plus tard). J’y crois à peine ! J’apprends que le vainquer à mis 7h12 ! RESPECT
Nous, on dira qu’on a pris le temps de profiter du magnifique paysage. Voilà, j’en ai terminé sur mes 1ères impressions de cette épreuve splendide et super bien organisée.
Après le “La vie est un long fleuve tranquille” il y a maintenant “Millau est une longue course paisible”
Un nouveau centbornard de Millau, et fier de l’être.
Laurent





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